Massy

2025

Conservatoire de danse, de musique et de théâtre

Maître d'ouvrage : Paris Sud Aménagement
Coût : 6 200 000 € H.T.
Surface : 2 500 m2


Le conservatoire se trouve sur un axe qui relie l’opéra de Massy à un parc. Les imposantes barres de logement qui l’entourent semblent presque s’écarter pour lui faire place : ce n’est en effet qu’une fois bien engagé dans la rue des Canadiens qu’on découvre — presque surpris — ce cube de couleur brique. La compacité de ce monolithe ne laisse de prime abord rien deviner de l’ampleur et de la complexité de ses espaces intérieurs.

La présence d’un ailante glutineux nous a conduits à déformer sa façade principale, qui se creuse pour accueillir l’abondante frondaison. Le volume semble altéré par la présence de l’arbre, qui donne paradoxalement l’impression d’avoir eu raison de l’architecture.

Les deux éléments aux couleurs complémentaires brossent une estampe urbaine qui fait office d’événement dans un monochrome immobilier aux tons laiteux. Le conservatoire de Massy est un objet sculptural qui rompt avec l’orthogonalité environnante ; il signale son statut d’édifice public par sa poésie.

Le périmètre autour de l’arbre protégé crée un généreux parvis invitant les parents et leurs enfants à se retrouver. La façade principale, quasiment opaque, se soulève au niveau de son entrée pour révéler l’ébullition du hall d’accueil et créer une zone abritée. Le soir, les murs oranges du hall s’embrasent comme une lanterne, intensifiant l’effet de signal et de repère dans la ville.

La façade arrière du conservatoire est fendue par des transparences qui permettent aux élèves et à leurs professeurs de travailler comme s’ils étaient dans les cimes des arbres. Nous avons pour cette raison choisi de conserver la petite forêt existante dans son intégralité.

La stratégie spatiale intérieure repose sur des principes de dévoiement et de percées. Le cœur spatial du projet est un vide décentré qui lie les étages et est à l’origine de la déformation du plan. Les vides mettent ici en relation les différents niveaux comme si leurs volumes circulaires étaient extrudés. Compacité et transparence ont été conjuguées pour créer des passerelles entre les pratiques et offrir les nombreuses activités de l’établissement au regard.

Un petit gradin vitré situé dans le hall du RDC s’avance au-dessus de la salle de répétition du R-1, et permet de regarder les élèves et l’Orchestre de l’Opéra de Massy travailler. De l’autre côté de l’entrée, une fenêtre dévoile les cours de percussion de la salle rouge en contrebas. En levant les yeux, on voit l’oculus du puits de lumière du R+1, et, en arrière-plan, un rond de ciel découpé dans la toiture. Cette percée visuelle verticale annonce une perturbation dans la rigueur du monolithe, et fait entrer la lumière naturelle au cœur du bâtiment. Elle crée des jeux de courbes variant en fonction de l’endroit où l’on se trouve.

Le vaste espace convivialité du R+1 est l’épicentre de cette perturbation et évoque une grotte de sable. Une découpe en croissant de lune faite dans le sol du R+2 permet à la lumière du ciel de s’y déverser, et révèle le rond de ciel découpé dans la toiture visible depuis le RDC. Inscrites l’une dans l’autre, ces deux formes confèrent à cet antre un aspect astronomique. La richesse de cette danse des lignes tient au fait que chaque étage possède sa propre courbe : cette autonomie géométrique donne au vide une forte dimension poétique.

Les deux premiers étages sont réservés aux activités musicales et caractérisés par des lignes obliques. Le non-parallélisme des parois s’impose ici car il évite tout effet de réverbération du son.

Le troisième étage est dédié à la danse, et ses salles de pratique disposent d’univers chromatiques immersifs et distincts (roses, blancs et noirs.) Toutes ont en commun d’être baignées d’une lumière naturelle diffuse, apportée par une baie vitrée où par des hauts-jours géométriques jouant avec la lumière zénithale.

Une surprise attend le visiteur au cœur du bâtiment, là où l’on s’attendrait à trouver la pénombre : un spectaculaire escalier à double révolution immaculé se déploie à travers les 4 étages du conservatoire. La cime de cette chapelle fonctionnelle est percée par des haut-jours dont le placement libre rappelle la syncope rythmique de certains courants musicaux, et semble s’affranchir de toute partition.

Baigné de lumière naturelle, ce lieu de rencontre vertigineux évoque l’escalier impossible de Penrose et trouble les repères de ses usagers, habitués à suivre un circuit ascendant ou descendant sans pouvoir voir en-dessous et au-dessus d’eux-mêmes. Le potentiel scénographique de ce lieu de passage devenu objet architectural est certain. Contrairement aux salles d’apprentissage et aux halls du bâtiment — qui disposent d’une acoustique contrôlée et sèche — elle possède une acoustique réverbérante qui se rapproche de celle des églises. Le son y est amplifié, magnifié. Il gonfle pour habiter l’espace.